vendredi 7 décembre 2007

Avant de partir

Avant de partir, disparue dans la spirale de cette déchéance infâme, je voudrais voir le monde tel qu'il ne sera jamais plus.

User mes yeux morts aux couleurs d'un couchant sur des mers dépeuplées, sentir une dernière fois le sable brûler ma peau en coulant sur mes épaules, et aimer ça.
Je voudrais me transformer en cheval et entrainer en un galop infernal toutes les étoiles, écouter les battements de cœur étourdissants d'un être improbable, me couler nue dans l'eau vaporeuse d'une île carte postale, et aimer ça, aimer ça, aimer ça.
Je veux accompagner le roulis d'une coque dans une ultime tempête, m'éclater le cœur face à face pour la première et dernière fois aux merveilles architecturales d'un peuple millénaire, et aimer encore.
Et boire l'eau poisseuse des rivières aux matins clairs, m'étourdir dans le bruit et la folie des mégalopoles japonaises, me sentir seule à en crever dans la fourmilière, et aimer ça, aimer encore, aimer toujours.


Je veux pouvoir aimer chaque seconde de ce monde qui meurt, bénir chaque spasme de son agonie, me sentir vivante, vivante ! Jusqu'à en étouffer de bonheur, jusqu'à ne plus respirer, jusqu'à en mourir. Je veux tatouer ma peau de tous les prénoms de ceux que j'aime pour les emporter dans mes cendres et y dessiner toutes mes passions et mes peurs pour les désensorceler.
Je veux mourir d'avoir trop abusé, trop vécu, trop aimé, trop pleuré devant des idoles muettes. Je veux mourir d'avoir été, d'avoir su, d'avoir tout brûlé pour disparaître à sa dernière seconde, je veux me gorger de soleil jusqu'à la dernière lune.

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